Entretien avec Olga Bicherova

Championne du Monde de Gymnastique 1981

Acrobaticsports : Comment avez-vous débuté la Gymnastique ?
Olga Bicherova : C’est tout simple. Quand j’étais petite les entraîneurs de beaucoup de disciplines sportives avaient accès aux écoles pour venir voir les petits et évaluer s’ils auraient les capacités pour pratiquer telle ou telle discipline. Nous étions une vingtaine de filles qui avons passé les tests de gymnastique et après cela les entraîneurs ont dit à certaines de venir aux entraînements. J’y suis allée et dès le premier entraînement ça m’a plu et c’est comme ça que j’ai commencé la gymnastique.

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AS : Quelles étaient votre force et vos qualités en Gymnastique ?
OB : J’avais la morphologie pour, j’étais petite comme mes parents, mais aussi j’étais souple. J’étais têtue, dans le bon sens du terme. Si je voulais quelque chose, par tous les moyens je devais réussir.

AS : Dans quel club avez-vous commencé et qui étaient vos entraîneurs ?
OB: Je me suis tout d’abord entraînée au Spartak de Moscou puis au CSK Moscou. Mon entraîneur était Boris Orlov et mon entraîneur chorégraphe Galana Savarina. C’est elle qui m’a fait toutes mes compositions au sol, on a travaillé quasiment jour et nuit sur l’artistique pour que je puisse réussir tous mes mouvements.
Nous avions chacune un entraîneur et un chorégraphe personnels et quand nous étions en stage national nous avions en plus un entraîneur pour le Trampoline et un autre pour les acrobaties.

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AS : Comment se passait un entraînement type ?
OB : Quand nous étions en stage national au lac Rond, la première chose que nous faisions après notre réveil c’était d’aller courir c’était obligé et par n’importe quel temps, on courait pendant 30 minutes ! Après nous allions faire un peu de musculation, un réveil musculaire avant d’aller déjeuner. Le 1er entrainement durait de 10h jusqu’à 13h, puis l’après-midi nous avions un petit repos et de 16h à 19h nous avions le 2ème entrainement. Les horaires pouvaient varier un peu mais dans l’ensemble c’était comme ça tous les jours de la semaine sauf le jeudi où nous avions l’après-midi de libre, et le dimanche, c’était repos.
Mais ça c’était pendant les stages, car quand nous étions chez nous, le matin on allait à l’école qui terminait à 13h et mes entraînements commençaient entre 14/15h pour finir à 19h/20h.

AS : Quel fut votre 1er championnat du Monde ?
OB : C’était en 1981 à Moscou. C’était très émouvant, parce que jusqu’au dernier moment on ne savait pas qui allait matcher dans l’équipe, car nous étions 7 pour 6 places. 2h avant la compétition nous ne savions toujours pas qui allait entrer dans l’équipe. Ça a été le suspense jusqu’au dernier moment, je ne savais pas si j’allais entrer dans l’équipe, mais je devais tout de même me préparer, m’échauffer, il fallait rester très concentré et me dire dans ma tête que j’allais matcher au cas où… Et au tout dernier moment l’entraîneur national nous a annoncé la composition de l’équipe.

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AS : Quelles étaient vos principales concurrentes à cette époque ?
OB : Les Roumaines ! Mais je ne peux pas dire que c’était vraiment très difficile… parce que pour nous il était plus difficile d’entrer dans l’équipe nationale, ou de faire le championnat d’URSS que les championnats du monde. Cela peut paraitre complétement stupide mais c’était comme ça, parce que la règlementation internationale pour les championnats du monde était moins stricte que celle des championnats de l’URSS. C’est pour ça que quand tu étais sélectionnée en équipe nationale, tu pouvais pratiquement présenter la moitié de ton exercice et gagner les compétitions internationales.

AS : Le niveau était très fort !?
OB : Oui, le niveau était très fort, et la concurrence était très dure entre nous, et c’est pour cela que quand tu étais sûre de rentrer dans l’équipe pour partir aux championnats du Monde ou d’Europe ou encore en Coupe du Monde, tu savais que tu allais revenir avec une médaille d’or. C’était une belle époque !

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AS : Quand et pourquoi avez-vous arrêté la gymnastique ?
OB : J’ai arrêté assez tôt la gymnastique, car à l’époque les règles étaient beaucoup plus dures que maintenant. Il fallait absolument présenter 4 agrès sur chaque compétition, tu ne pouvais pas comme maintenant choisir ton agrès. Et comme il y avait une concurrence importante il fallait être au top niveau à chaque fois et c’était dur ! J’ai fait encore une universiade en 1985 au Japon où nous avons gagné par équipe, l’année d’après j’ai fait encore les championnats d’URSS et puis j’ai arrêté définitivement au début de l’année 1987 parce que j’ai compris que je ne pouvais plus et qu’il y avait trop de monde derrière…

AS : Quelle est votre opinion sur l’évolution de la gymnastique mondiale ?
OB : Cela a beaucoup évolué par rapport à mon époque au niveau des agrès et du matériel. Je suis très contente pour les athlètes qui font de la Gymnastique aujourd’hui, parce que quand je me rappelle notre praticable qui était si dur – et nous faisions déjà des figures assez difficiles, je vois que maintenant le praticable semble bien, il est comme nous l’avions rêvé ! Les tapis amortissent beaucoup plus, le saut de cheval a énormément évolué avec le tremplin. Toutes ces évolutions ont permis de réaliser des figures beaucoup plus difficiles avec beaucoup plus de sécurité, et ça c’est très important ! Si on parle de l’acrobatie pure sur les agrès spécifiques comme la poutre, le sol ou le saut, je ne peux pas dire que cela ait vraiment évolué par rapport à notre époque. Par contre celui qui me fascine le plus, celui qui a le plus évolué, ce sont les barres asymétriques. Quand je regarde tout ce que font les filles aujourd’hui, je me dis que ce n’est pas possible, c’est quelque chose de merveilleux, c’est magnifique.

AS : Une dernière question, quel message voudriez-vous adresser à de jeunes gymnastes qui démarrent la gymnastique?
OB : Il faut rêver ! Il faut toujours rêver, mais pour que les rêves se réalisent il faut travailler ! Il faut beaucoup travailler, et puis il faut y croire, il ne faut jamais baisser les bras. On doit se dire : « Ce n’est pas grave si aujourd’hui à la compète je n’ai pas réussi, il y aura des jours meilleurs ».

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AS : Merci Olga d’avoir répondu à nos questions, on espère vous revoir prochainement dans les salles de Gym françaises.
OB : Merci beaucoup.

Retrouvez l’interview vidéo ici : 


Itw de Olga Bicherova Championne du Monde de… par AcrobaticSports

Photos : collection Olga Bicherova.